Que se passe-t-il lorsqu’une population se vaccine moins ?

Pige pour Mother­board

Quatre exemples qui montrent que la décision de réduire l’utilisation d’un vaccin ne se prend pas à la légère.

En Europe, une par­tie de la popu­la­tion com­mence à remettre en cause l’utilisation de cer­tains vac­cins et évite de faire vac­ci­ner ses enfants. Le pro­blème, c’est que le vac­cin ne pro­tège pas uni­que­ment l’individu, mais aus­si le groupe. Plus la popu­la­tion est vac­ci­née, moins la bac­té­rie ou le virus res­pon­sable de la mala­die pour­ra se dif­fu­ser au sein de cette même popu­la­tion. La vac­ci­na­tion crée une sorte de bar­rière col­lec­tive qui per­met de pro­té­ger les per­sonnes fra­giles non immu­ni­sées, qui ne peuvent être vac­ci­nées en rai­son de leur vul­né­ra­bi­li­té (les malades qui attendent une greffe, les per­sonnes âgées, les nou­veaux nés, etc). On appelle ça l’immunité de groupe.

Le gif ci-des­sus simule bien la pro­tec­tion par le reste de la popu­la­tion des quelques indi­vi­dus non vac­ci­nés.

Mais cette immu­ni­té de groupe n’est effi­cace qu’à par­tir d’un seuil de vac­ci­na­tion très éle­vé, qui varie en fonc­tion de la conta­gio­si­té de la mala­die. Par exemple, pour la rou­geole, l’immunité de groupe ne fonc­tionne plei­ne­ment que si 95 % de la popu­la­tion est vac­ci­née, au mini­mum. Chez les 5% res­tant, le risque induit par la non-vac­ci­na­tion est alors minime.

Par­fois, une popu­la­tion remet en cause la per­ti­nence de la tech­nique vac­ci­na­tion de masse, qui per­met pour­tant de réduire dras­ti­que­ment le nombre de malades à terme. Cer­tains pensent que le vac­cin est deve­nu inutile ou que le niveau d’hygiène de leur pays per­met d’éviter la pro­pa­ga­tion des mala­dies conta­gieuses. D’autres estiment que la vac­ci­na­tion est un vaste com­plot, l’évitent par convic­tions reli­gieuses ou encore parce qu’ils jugent les effets secon­daires d’un vac­cin trop impor­tants par rap­port au béné­fice qu’ils peuvent en reti­rer. Au Japon, c’est cette mau­vaise inter­pré­ta­tion du rap­port bénéfice/risque qui a entraî­né très rapi­de­ment une cen­taine de morts en quelques mois.

Au Japon, 4 mois d’interruption du vaccin contre la coqueluche, plus d’une centaine de morts

Nous sommes au Japon, dans les années 70. Depuis 1947 et la fin de la Seconde guerre mon­diale, un pro­gramme de vac­ci­na­tion a été mis en place pour lut­ter contre la coque­luche, dans un pays rava­gé par la guerre. Le nombre de per­sonnes infec­tées par le virus est pas­sé de 150 000 à moins de 400 cas par an en 25 ans, et le nombre de morts de 17 001 à moins de 5 morts par an. À l’époque, la menace de la mala­die a donc dis­pa­ru de l’horizon des Japo­nais, car elle est deve­nue peu ou prou invi­sible. Mais pen­dant l’hiver 74–75, deux enfants sont vic­times d’accidents de vac­ci­na­tion. L’un meurt d’un choc aller­gique, l’autre contracte une encé­pha­lo­pa­thie. Le gou­ver­ne­ment, sous la pres­sion de l’opinion publique, stoppe pour quelques mois l’obligation vac­ci­nale ; à court terme, on ne voit pas les consé­quences de ce court arrêt de vac­ci­na­tion et la popu­la­tion est confor­tée dans ses craintes. En 1979, plus de 13 000 japo­nais sont tou­chés par la coque­luche dans l’année et 41 d’entre eux en meurent. Le retour de la vac­ci­na­tion de près de 80 % des enfants fait redes­cendre rapi­de­ment les cas de coque­luche et méca­ni­que­ment, le nombre total de morts. Hélas, plus de 100 japo­nais sont morts de la coque­luche pen­dant cette période.

La coqueluche et la société prospère suédoise

Dans la Suède des années 70, ce sont les idées hygié­nistes qui ont mené la vie dure au vac­cin de la coque­luche pen­dant une bonne ving­taine d’années.

Le pays a com­men­cé à uti­li­ser le vac­cin contre la coque­luche dans les années 50. Comme au Japon, le nombre de malades a immé­dia­te­ment chu­té. Mais en 1967, un méde­cin recon­nu, Jus­tus Ström, émet des doutes sur l’utilité du vac­cin dans une socié­té pros­père. Quelques cas de coque­luche sur des enfants vac­ci­nés finissent de convaincre les pédiatres sué­dois de l’inutilité du vac­cin. La cou­ver­ture vac­ci­nale baisse très vite de 90% en 1974, à 12% en 1979. La com­mu­nau­té médi­cale sué­doise aban­donne même com­plè­te­ment le vac­cin en 1979, espé­rant en trou­ver un plus per­for­mant dans de brefs délais. Consé­quences ? Les années 80 sué­doises voient 10 000 nou­veaux cas de coque­luche se déve­lop­per par an. Ce n’est qu’en 1996 qu’un nou­veau vac­cin est intro­duit dans ce pays, rame­nant rapi­de­ment la mala­die à quelques cen­taines de cas par an.

Dans les années 80 et 90, la diphtérie revient en force en ex-URSS

En URSS, après la guerre, les seg­ments les plus pauvres de la popu­la­tion estiment qu’il n’est plus néces­saire de vac­ci­ner les enfants contre la diph­té­rie. Résul­tat, deux vagues d’épidémie de cette mala­die se sont abat­tues dans les pays de l’ex-URSSdans le début des années 80 puis au début des années 90, tou­chant, la plu­part du temps, des adultes de moins de 60 ans.

Pour­tant, dès 1940, L’union sovié­tique recom­mande de vac­ci­ner les enfants, mais l’obligation n’intervient qu’en 1959. Dans les années 50, le vac­cin fait son effet et stoppe la pro­pa­ga­tion de la mala­die. Ras­su­rée, une par­tie de la popu­la­tion estime que le vac­cin est désor­mais option­nel, voire inutile.

La résur­gence d’une nou­velle souche du virus à la fin des années 70 entraîne, chez ces enfants deve­nus jeunes adultes, une épi­dé­mie très impor­tante (plus de 1300 malades de diph­té­rie pen­dant l’année 1984), conte­nue par une opé­ra­tion de vac­ci­na­tion qui ne dépasse pour­tant pas les 10 % de la popu­la­tion visée.

L’opération ne suf­fit pour­tant pas à endi­guer une nou­velle épi­dé­mie dans les années 90 (115 000 cas entre 1990 et 1997). Celle-ci est faci­li­tée par l’immigration d’une par­tie de la popu­la­tion des pays de l’ancien bloc sovié­tique. En 1993, l’obligation vac­ci­nale pour les adultes contre la diph­té­rie per­met de faire redes­cendre de façon signi­fi­ca­tive le nombre de malades.

La rougeole presque éradiquée refait surface en France

En France, nous avons dû, nous aus­si, faire face à une épi­dé­mie très récem­ment, nous rap­pelle John Oli­ver, pré­sen­ta­teur du late show amé­ri­cain Last week Tonight. En 2007, la rou­geole est presque éra­di­quée sur le ter­ri­toire fran­çais : seuls 40 cas sont dénom­brés cette année là. Cette éra­di­ca­tion qua­si-com­plète de la mala­die a fait oublier les consé­quences graves qu’elle peut entraî­ner et un cer­tain nombre de parents ont déci­dé de ne plus vac­ci­ner leurs enfants. Le taux de vac­ci­na­tion de la popu­la­tion tombe à 89 %. Le chiffre parait confor­table au pre­mier abord, mais les cher­cheurs consi­dèrent que, pour cette mala­die très conta­gieuse, une popu­la­tion est pro­té­gée lorsqu’elle est vac­ci­née à 95 %.

Au prin­temps 2008, la rou­geole refait sur­face dans des écoles pri­vées où les parents d’élèves sont très réti­cents à la vac­ci­na­tion. Le virus peut se pro­pa­ger très faci­le­ment de groupes non vac­ci­nés en groupes non vac­ci­nés. Résul­tat, 22 686 cas de rou­geole en France entre 2008 et 2011. Mais une cam­pagne d’incitation forte à la vac­ci­na­tion et de sur­veillance de la mala­die a entraî­né la vac­ci­na­tion de plus de 97 % des ado­les­cents et per­mis d’endiguer la dis­sé­mi­na­tion de la rou­geole en France.

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