[Exclusif] Le montage du CNRS pour attirer des « stars internationales »

Pour atti­rer des stars inter­na­tio­nales, la direc­tion du CNRS a déci­dé de s’ar­ran­ger avec les recru­te­ments des directeur·trice·s de recherche du centre.

Le PDG du CNRS Antoine Petit, on le sait, veut faire entrer son orga­nisme dans le star-sys­tème de la recherche en recru­tant des chercheur·euse·s connu·e·s à l’in­ter­na­tio­nal mais une bar­rière reste, pour l’ins­tant et au moins jus­qu’à la mise en place de la loi plu­ri­an­nuelle de la recherche, en tra­vers de sa route.

Pho­to d’illus­tra­tion : « Stars » par nat­las, en licence Crea­tive Com­mons by-nc-nd

Un recrutement externe actuel à bas salaire

La plu­part des recru­te­ments externes du centre se fait via le concours de Chargé·e·s de recherche, même si ce recru­te­ment est en per­pé­tuelle baisse. Or, le salaire d’un·e chargé·e de recherche au CNRS en début de car­rière est de 2 300 € brut men­suel selon l’or­ga­nisme lui-même, trop peu pour atti­rer une star inter­na­tio­nale de la recherche.

Selon plu­sieurs sources internes au CNRS, la direc­tion de l’or­ga­nisme aurait trou­vé la solu­tion dans le recru­te­ment externe de Directeur·trice·s de recherche (DR). Alors que ce corps est, la plu­part du temps, uti­li­sé pour faire évo­luer les car­rières en interne, elle aurait déci­dé de s’en ser­vir pour pro­po­ser 10 postes de fonc­tion­naires à salaires un peu plus éle­vés à des stars de la recherche inter­na­tio­nale. Selon le CNRS, « le salaire brut men­suel des direc­teurs de recherche est com­pris entre 3 290 € et 6 450 € ». La direc­tion espé­re­rait, en tout cas, faire reve­nir des chercheur·euse·s français·es qui sont parti·e·s à l’é­tran­ger.

Mais pour s’as­su­rer que ces postes reviennent bien aux stars ciblées, le centre a affec­té, dans un arrê­té publié au JO du 26 novembre, ces postes à la Com­mis­sion inter­dis­ci­pli­naire n° 50 de « Ges­tion de la recherche ». Cette com­mis­sion plu­tôt admi­nis­tra­tive qui béné­fi­cie habi­tuel­le­ment de 2 ou 3 postes de DR ces der­nières années se voit d’un coup attri­buer 12 postes de DR.

Deux tours de passe-passe possibles

Ins­truc­tions auraient été pas­sées aux sec­tions de clas­ser des stars en liste com­plé­men­taire. La direc­tion aurait ensuite deux pos­si­bi­li­tés pour don­ner ces postes aux stars ciblées.

La pre­mière serait d’af­fec­ter les stars direc­te­ment à la com­mis­sion inter­dis­ci­pli­naire 50 mais il y a un risque que ça soit trop peu dans les clous et que la car­rière des « stars » reste ensuite « coin­cée » dans cette com­mis­sion.

Le deuxième tour de passe-passe pos­sible serait un redis­pat­ching des postes de la com­mis­sion 50 vers d’autres sec­tions dis­ci­pli­naires du CNRS. Celui-ci serait pos­sible si les postes de la com­mis­sion 50 sont décla­rés infruc­tueux, c’est à dire qu’au­cun can­di­dat ne cor­res­pond aux attentes.

Un montage suffisant ?

Reste à savoir si la solu­tion choi­sie sera dans les clous de la jus­tice admi­nis­tra­tive fran­çaise et si le salaire de directeur·trice de recherche au CNRS sera un appeau suf­fi­sant pour atti­rer les stars qu’An­toine Petit veut abso­lu­ment faire venir au CNRS.

Une autre ques­tion est de savoir com­ment sera per­çu ce mon­tage par les chercheur·euse·s français·e·s qui ne sont pas en poste et qui pos­tulent au CNRS alors qu’il n’y a que peu de postes à la clé pour eux avec des cvs qui ne démé­ritent pas.

Contac­té dans la jour­née, le CNRS n’a pas encore répon­du à mes ques­tions sur le sujet. L’ar­ticle sera mis à jour le cas échéant.

Mise à jour du 14 décembre 11:53 :

Un com­men­taire ci-des­sous me fait remar­quer que « L’affectation dans la CID50 « Ges­tion de la Recherche » est impos­sible car c’est la seule section/commission pour laquelle le recru­te­ment exté­rieur est sta­tu­tai­re­ment inter­dit. ». Effec­ti­ve­ment, « Seuls les CR CNRS peuvent se por­ter can­di­dat au concours DR2 de la CID50 » explique le site de la Com­mis­sion inter­dis­ci­pli­naire 50 qui inter­prète ici l’ar­ticle 25 du Décret n°82–993 du 24 novembre 1982 por­tant orga­ni­sa­tion et fonc­tion­ne­ment du Centre natio­nal de la recherche scien­ti­fique.

Seul le deuxième tour de passe-passe, le redis­pat­ching des postes après qu’ils aient été décla­rés infruc­tueux, est donc pos­sible pour la direc­tion.


Pho­to d’illus­tra­tion : « Stars » par nat­las, en licence Crea­tive Com­mons by-nc-nd

5 thoughts on “[Exclusif] Le montage du CNRS pour attirer des « stars internationales »

  • 14 décembre 2019 at 10 h 36 min
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    L’af­fec­tion dans la CID50 « Ges­tion de la Recherche » est impos­sible car c’est la seule section/commission pour laquelle le recru­te­ment exté­rieur est sta­tu­tai­re­ment inter­dit.

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    • 14 décembre 2019 at 11 h 23 min
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      Bon­jour et mer­ci pour ce com­men­taire. Est-il pos­sible de savoir dans quel texte et à quel endroit cette inter­dic­tion est sti­pu­lée ? Mer­ci

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  • Pingback:Turpitudes (1) – Le montage du CNRS pour attirer des « stars internationales », par Martin Clavey | Academia

  • 14 décembre 2019 at 14 h 44 min
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    Le même texte dit d’ailleurs que cette pra­tique d’af­fec­ter des postes de DR non pour­vus en 50 à d’autres sec­tions n’est pas nou­velle, même si jusque là cela concer­nait très peu de postes :

    « Remarque sur les postes « non pour­vus »

    Dans l’é­ven­tua­li­té où des postes ne sont pas pour­vus à l’is­sue de la phase d’ad­mis­sion, la direc­tion du CNRS a la pos­si­bi­li­té de réaf­fec­ter ces postes sur d’autres concours. Ceci a été le cas en 2017, 2018 et 2019 où un des postes ouverts au concours 5001 a été réaf­fec­té en faveur de can­di­dats clas­sés sur d’autres concours de direc­teurs de recherche. En guise d’exemple, en 2019 deux postes n’a­vaient pas été pour­vus (en CID50 et en CID52) et ont per­mis d’al­lon­ger la liste des can­di­dats admis sur les concours de la sec­tion 31 et de la CID51. »

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  • 14 décembre 2019 at 20 h 13 min
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    Le CNRS et autres Uni­ver­si­tés crache au visage de jeunes doc­teurs et doc­to­resses talen­tueux, les­quels s’exilent et trouvent le bon­heur ailleurs, puis il magouille impu­né­ment pour recru­ter des “stars”… Je suis bien content d’a­voir fait car­rière à l’é­tran­ger, ayant été reje­té de mon pays. Les labo­ra­toires et indus­tries suisses savent pour quoi je suis utile et me le rendent bien. Ce n’est pas grave si je ne suis pas la “star­lette” du CNRS, la recherche fran­çaise est entre de bonnes mains appa­rem­ment !

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