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Bad Science : les impostures des pseudosciences

Mis à jour le 9 juin 2020

Bad Science n’est pas sorti récemment mais le bouquin de Ben Goldacre (médecin et chroniqueur au Guardian) est un excellent livre, très bien écrit (en anglais), qui présente ce qui est et ce qui n’est pas une démarche scientifique. Goldacre y débusque les arnaques de la pseudoscience tout en expliquant comment appliquer la méthode scientifique, particulièrement quand il s’agit de médecine. Si je n’avais qu’un livre scientifique à conseiller, Bad Science serait celui-ci.

Artwork cover of Bad Science (Ben Goldacre) design by Nayon Cho

« C’est facile de se moquer des charlatans » commente l’auteur de Bad Science dans la préface de son livre, mais c’est beaucoup plus difficile d’expliquer pourquoi ils ont tort. Souvent, on le fait doctement, en affirmant une vérité scientifique : « non, l’homéopathie, ça ne fonctionne pas ! ». Mais Goldacre rappelle que la science n’est ni un objet monolithique, ni un mystère ou une autorité-qui-dit-LA-VÉRITÉ mais plutôt une méthode. Et quand il prend pour exemples certaines arnaques pseudoscientifiques, c’est pour expliquer comment chacun peut facilement adopter une démarche scientifique et éviter de se faire duper. En gros, expérimentez vous même !

Experiment it yourself !

On commence fort avec les bains de pieds « detox ». Vous connaissez peut être. On vous met les pieds dans une cuvette en plastique d’eau salée dans laquelle on plonge des électrodes, on fait passer un léger courant et vous êtes sensé perdre en un quart d’heure (voire une demi heure) les « toxines » (peu importe ce que c’est, on ne vous les définit pas vraiment) que votre corps  attend de rejeter avec impatience.

La preuve du bon fonctionnement de la machine serait que l’eau devient brune (couleur due aux fameuses toxines) au fur et à mesure que le temps passe. Goldacre vous suggère de faire juste une petite expérience de contrôle. Au moment où le monsieur (ou la dame) qui a préparé votre bain de pieds tourne les talons, enlevez vos pieds. Attendez quinze minutes. Vous verrez que l’eau est devenue aussi brune que si vous aviez laissé vos pieds dedans. Conclusion ? Les particules qui brunissent l’eau ne proviennent pas de votre corps et ne sont donc pas des « toxines » que vous évacuez. Ces fameuses toxines qu’on évacuerait n’existent donc pas. Goldacre suggère une autre expérience.

NE FAITES PAS ÇA À LA MAISON

Construisons un bain de pieds « detox » pour Barbie avec une batterie de voiture, deux aiguilles, une bassine, du sel, de l’eau chaude, bien sûr une Barbie et (en option) un labo d’analyse.

Bain de pieds « detox » pour Barbie de Ben Goldacre

En allumant, vous allez voir que l’eau brunit et une petite odeur de chlore vous monter au nez. En fait, c’est une réaction qu’on connait bien, l’électrolyse. Pendant celle-ci, le fer des aiguilles rouille ce qui produit la peu ragoutante couleur brune de l’eau. Pour le dégagement de chlore, on sait tous (pour certains grâce au Parisien) que le sel est du chlorure de sodium (NaCl). Pendant l’électrolyse, les ions chlorures se font voler leur charge négative par la borne positive de la batterie, ce qui entraine le dégagement chlore.

Profitons de nos erreurs pour apprendre

Mais comme le remarque Goldacre, on ne peut pas réagir face aux arnaqueurs en disant « tout ça est juste insensé. » Ces exemples de pseudosciences qui fourmillent doivent plutôt être pris comme des produits culturels, comme les petits rituels de la vie courante ainsi qu’un manque de culture scientifique et de connaissance de la démarche scientifique.

Il passe en revue la gymnastique du cerveau, les noms pseudoscientifiques des ingrédients des crèmes de beauté, l’homéopathie, les nutritionnistes de plateaux de télé et la désinformation sur le vaccin contre la rougeole, rubéole et oreillons. Ces exemples sont l’occasion d’expliquer petit à petit ce qu’est une étude en « double aveugle » et pourquoi le test d’un médicament doit passer par cette étape, pourquoi il est important que les patients soient choisis aléatoirement dans une étude et ce qu’est une meta-analyse et en quoi cette technique peut sauver des vies.

Le pluriel d’ « une anecdote » n’est pas « des données ».

Et puis parce que « l’histoire que nous raconte la science est beaucoup plus intéressante que les fables sur les pilules magiques », Goldacre revient sur ce que nous savons de l’effet placebo. Rendez-vous compte, on a failli jeter l’effet placebo avec l’eau du bain des pseudosciences parce qu’il ne reposait, à ce moment là que sur des anecdotes ! Cet effet qui permet autant à un anesthésiste de l’US army n’ayant plus de morphine de la remplacer par de l’eau salée efficacement qu’à un arnaqueur de nous faire croire que son invention loufoque fonctionne. Mais il fallait sortir cet effet de l’anecdote. En effet, tant qu’on reste dans l’anecdote même si elles sont nombreuses, qu’on ne cadre pas les faits dans un protocole on ne peut pas savoir si d’autres évènements sont impliqués dans le processus ou même que ces anecdotes ne sont que pur hasard. Heureusement, raconte l’auteur de Bad Science, depuis les années 30, certains scientifiques se sont penchés sur le sujet du placebo et nous ont permis de comprendre son fonctionnement ainsi que le fonctionnement de son effet contraire, le nocebo. Par contre même si des chercheurs se sont penchés sur le cas de l’homéopathie, personne n’a pu prouver que son effet était significatif (comparé à l’effet placebo).

La démarche scientifique, ça devrait être automatique

Pour Goldacre, si la méthode scientifique est la seule vraiment efficace, c’est parce qu’elle a une approche systématique mais aussi parce que les autres méthodes peuvent induire en erreur. Les méthodes informelles (on peut appeler ça l’intuition) sont efficaces dans la vie de tous les jours pour nous simplifier les problèmes. Mais la simplification peut amener des erreurs. Pensez aux illusions d’optique. Nos yeux simplifient et envoient rapidement l’image de la scène qu’il voient mais cette simplification a un coût. On peut se faire avoir.

Bad Stats

De même, il est facile de faire une erreur quand on lit très rapidement des statistiques ou quand on ne sait pas les lire. Pour illustrer ce chapitre, Ben Goldacre fait un peu de media bashing. « Les journaux aiment les gros chiffres et les titres qui accrochent. » Ben Goldacre milite pour l’utilisation des natural frequencies (je ne sais pas si la traduction de « fréquences naturelles » convient) : au lieu d’utiliser des pourcentages, des probabilités, « utilisons des chiffres concrets, comme quand on compte des enfants dans un bus ».

Pour faire cliquer l’internaute, rien de mieux qu’un chiffre sensationnel rapportant, par exemple, qu’un taux de cholestérol élevé chez les plus de 50 ans augmente de 50% le risque d’avoir une crise cardiaque. Mais si on dit « Sur 100 hommes de plus de 50 ans qui ont un taux normal de cholestérol, on s’attend à ce que quatre aient une crise cardiaque, alors que sur 100 hommes de plus de 50 ans qui ont un taux élevé de cholestérol, on s’attend à ce qu’il y en ait six qui en aient une », le lecteur relativisera (à raison) l’information alors qu’on se base sur les mêmes chiffres (hypothétiques, ici). Ben Goldacre montre aussi que certains, de façons cynique et immorale utilisent des chiffres  ridicules. On en a eu un exemple tout récemment. « 74% des journalistes ont voté François Hollande! » criait un blog d’un journaliste de l’Express. Ce que nous dit pas l’auteur du billet, c’est que cette « consultation » ne se base en rien sur une méthode scientifique comme on peut le lire dans la note visible sur le site d’Harris Interactive :

Consultation réalisée du 9 au 18 mai 2012 en ligne via Twitter. Un lien vers l’enquête a été posté sur les comptes Twitter de Harris Interactive et de Jean-Daniel Lévy et un certain nombre de journalistes ont été invités à le relayer.
105 journalistes ont répondu à l’intégralité de l’enquête.
Ont également été interrogées 426 personnes disposant d’un compte Twitter non journalistes.

La « consulation » est basée sur les réponses volontaires de 105 journalistes sur Twitter. Harris Interactive n’a aucunement essayé d’avoir un échantillon représentatif des journalistes. Mais qu’importe, si « ça paraît crédible« , c’est que c’est vrai pour certains. Dommage. Bref, « faites attention aux chiffres qu’on vous donne », c’est un peu le message de Ben Goldacre.

L’esprit de la science et le trait d’humour anglais

Ce qui pourrait sembler être une leçon de chose à l’intention des malotrus qui ne respectent pas la science est vraiment un bonne introduction à la méthode scientifique avec un petit zeste d’humour anglais, détendu sans prendre le lecteur pour plus con qu’il n’est. Ce livre est à lire absolument par tous, les sceptiques, les croyants, les étudiants en sciences (et particulièrement en médecine et pharmacie), les journalistes et datajournalistes. À quand une traduction en français ?

 


Illustration extraite du livre Bad Science


En bonus, la conférence Ted de Ben Goldacre :

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