Sur la fameuse baisse du QI

Photo d'illustration: Losing my mind..., par Mark Auer, licence Creative Commons by-nc

Rap­pe­lons tout d’abord, comme l’a très bien expli­qué le géné­ti­cien Sta­nis­las Lyon­net à la Tête au car­ré le 10 novembre, que « le QI est un cur­seur, qui a le grand inté­rêt d’exister et qui mesure UNE des per­for­mances clas­siques de l’intelligence, l’abstraction logi­quo-mathé­ma­tique » et les capa­ci­tés ver­bales (édi­té suite à un com­men­taire) mais ce n’est qu’une par­tie de l’intelligence qui est ici mesu­rée. Il est, très dif­fi­cile de défi­nir ce qu’est, glo­ba­le­ment, l’intelligence en tant que telle.

Un anthro­po­logue, Edward Dut­ton, a publié plu­sieurs articles sur ce qu’il appelle l’effet Flynn néga­tif (un pre­mier article sur le cas de la Fin­lande et un deuxième repre­nant plu­sieurs études).

Jusqu’à récem­ment le QI moyen aurait aug­men­té (effet Flynn), mais depuis la fin des années 90, il bais­se­rait (effet Flynn néga­tif). Ces recherches ont d’ailleurs déjà beau­coup fait par­ler d’elles média­ti­que­ment, par exemple dans Les Echos en jan­vier der­nier. Et Maud Besan­çon, maître de confé­rences en psy­cho­lo­gie, avait très bien expli­qué, dans une inter­view à l’Express, cer­taines de leurs limites.

Car, oui, même si ces études sont très média­ti­sables, elles ont d’une part des limites et d’autre part, per­sonne n’a, pour l’instant, d’explication scien­ti­fi­que­ment prou­vée à cet effet Flynn néga­tif.

Les limites des études sur le QI général

Le QI n’est pas, au départ, construit pour éva­luer une popu­la­tion entière mais un indi­vi­du par­mi une popu­la­tion. Les tests de QI (il y en a des dif­fé­rents) sont nor­ma­li­sés tous les 10 ans pour que le score de 100 soit le score moyen de la popu­la­tion et que cette popu­la­tion soit équi­ta­ble­ment répar­tie autour de ce score (en une courbe de Gauss). Le QI d’une popu­la­tion est donc tou­jours de 100.

« Alors com­ment cer­tains cher­cheurs, comme E Dut­ton, arrivent à avoir des QI de popu­la­tion dif­fé­rents de 100 ? » , me deman­de­rez-vous.

Dans l’étude de Dut­ton sur la Fin­lande, il ne s’intéresse pas à un test de QI mais à un test créé spé­ci­fi­que­ment par l’armée fin­lan­daise, le Per­us­koe-1 (P1) (lit­té­ra­le­ment, « test basique»), com­po­sé de trois sous tests de formes, de mots et de nombres. Dut­ton regarde l’évolution des résul­tats des conscrits de 1988 à 2009 (enfin avec un trou impor­tant entre 2001 et 2009).

Les résul­tats, les voi­ci sur un gra­phique tiré de son étude :

Intel­li­gence test results plot­ted against year of tes­ting. Edward Dut­ton
& Richard Lynn, 2013

Dut­ton inter­prète ces courbes comme un aug­men­ta­tion du QI de 1988 à 1997 et une baisse de 1997 à 2008 et nous affirme que, puisque les échan­tillons sont d’environ 25000 chaque année, les dif­fé­rences sont signi­fi­ca­tives. Soit. Enfin moi, si je trace les trois droites de ces résul­tats, je ne suis pas sûrs qu’elles soient glo­ba­le­ment des­cen­dantes.

On remar­que­ra d’ailleurs que Dut­ton n’a aucune expli­ca­tion pour l’année 1991 dont « la cohorte était anor­ma­le­ment brillante pour une rai­son incon­nue», selon lui. Pour­tant, cette « anor­ma­li­té » de l’année 1991 ne lui pose aucun pro­blème pour, ensuite, déduire des courbes ci-des­sus une baisse à par­tir de 1997.

Même si Dut­ton a publié cette étude en 2013 dans la revue Intel­li­gence, elle me parait très légère. Et les cri­tiques de Maud Besan­çon sur l’étude de l’effet Flynn néga­tif en France qu’il reprend dans sa deuxième étude me laissent pen­ser que les dif­fé­rentes études de l’effet Flynn néga­tif ne sont pas très solides.

On peut, en tout cas, attendre une confir­ma­tion d’une baisse signi­fi­ca­tive par d’autres cher­cheurs avant de crier à la « cré­ti­ni­sa­tion » géné­rale de nos socié­tés. Et avant de lier cette éven­tuelle baisse à des causes édu­ca­tives ou envi­ron­ne­men­tales, il fau­drait tes­ter un mini­mum ces hypo­thèses, ce qui, sauf erreur de ma part, n’a pas encore été fait.

 


Pho­to d’illustration : Losing my mind…, par Mark Auer, licence Crea­tive Com­mons by-nc

6 thoughts on “Sur la fameuse baisse du QI

  • 11 novembre 2017 at 14 h 11 min
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    Beau­coup de choses qui me paraissent extrê­me­ment dis­cu­table dans cette étude d’une légè­re­té sur­pre­nante (faire tout un article avec un seul graphe excel.…):

    1. L’article ori­gi­nale por­tant sur l’évolution des scores des conscrit Fin­nois (Dut­ton et Lynn, Intel­li­gence, 2013) ne pos­sède aucune sec­tion « Mate­rial and Methods », autre­ment dit il est pro­pre­ment impos­sible de savoir com­ment l’étude et l’analyse sta­tis­tique a été effec­tuée.

    2. Si l’on consi­dère que le test admi­nis­trer aux conscrit est le même depuis 1981 (date a laquelle il est rebap­ti­sé P1), on peut sup­pose que les nou­velles géné­ra­tions (seconde par­tie des années 90 puis 2009) ne sont pas autant habi­tué au voca­bu­laire uti­lise dans le test por­tant sur les mots (et qui sem­ble­rait bais­ser le plus). Si au contraire le test a chan­gé, je ne vois pas com­ment il pour­rait ser­vir a com­pa­rer les géné­ra­tions entre elles.

    3. Sui­vant le même rai­son­ne­ment, on peut ima­gi­ner que les nou­velles géné­ra­tions sont tout sim­ple­ment moins a l’aise avec un test de type QCM..cela dépend de la place des QCM dans la vie sco­laire ou pro­fes­sion­nelle dans ce pays et aurait eu être dis­cu­té dans l’article.

    4. Le manque de don­nées entre 2001 et 2009 inva­lide presque l’ensemble de l’étude. Les auteurs reporte un déclin du QI sur 12 ans (1997 et 2009) sans savoir ce qu’il s’est passe pen­dant 7 de ces années!! Peut-être que le QI a baisse encore plus et que nous sommes en fait sur une pente mon­tante. Peut-être que le QI avait aug­mente de nou­veau puis a re-bais­sé, auquel cas nous assis­tons a un com­por­te­ment oscil­la­toire de ce test qui du coup ne dit rien sur une éven­tuelle évo­lu­tion linéaire du QI.

    5. la cor­res­pon­dance entre les résul­tats du test P1 et leur valeur en point de QI n’est pas expli­quée.

    6. les auteurs indiquent que les résul­tats sont sta­tis­ti­que­ment signi­fi­ca­tifs du a la taille des cohortes. Mais on peut avoir des valeurs signi­fi­ca­ti­ve­ment dif­fé­rentes d’une années sur l’autre sans pour cela que cela indique une ten­dance (par exemple, chaque année offre un résul­tat bien dif­fé­rent mais tota­le­ment aléa­toire).

    7. dans leur dis­cus­sion plus que som­maire, les auteurs sug­gèrent une expli­ca­tion eth­nique a cette baisse, argu­men­tant, auto-cita­tion a l’appuie, que la popu­la­tion non-euro­peenne a aug­mente lors de cette même période, que les étran­gers ont un QI infé­rieur, et que les per­sonnes avec un QI plus faible se repro­duisent plus. Ces rac­cour­cis qui fleurent bon les années 30 auraient plus être conso­li­dées avec une mise en pers­pec­tive éco­no­mique, socié­tale, éco­no­mique, mais rien de tout cela n’a été fait.

    8. Dans la même veine, pour étayer leur hypo­thèse, il aurait fal­lu que les auteurs regardent si la popu­la­tion étran­gère est éli­gible pour la conscrip­tion (age, natio­na­li­té) sans quoi, elle n’a pas d’influence sur le résul­tat du test.

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  • Pingback: Ce soir, tous pris pour des crétins devant Arte - The Sound Of Science

  • 12 novembre 2017 at 22 h 43 min
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    Les tests de QI ne mesurent pas que les capa­ci­tés d’abstraction logi­co-mathé­ma­tiques. Ils mesurent aus­si les capa­ci­tés ver­bales.

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    • 12 novembre 2017 at 22 h 51 min
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      Mer­ci de la pré­ci­sion que je rajoute au texte ini­tial.

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  • 13 novembre 2017 at 16 h 09 min
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    L’étude fran­çaise de baisse de QI ne concerne que 79 per­sonnes (lien pdf https://t.co/sKTm77I0uJ).
    Même les auteurs consi­dèrent qu’il est dif­fi­cile de géné­ra­li­ser puisque l’échantillon est trop faible pour être repré­sen­ta­tif de la popu­la­tion fran­çaise pic.twitter.com/IguwxY4Huz

    Et puis tous les tests de QI montrent une varia­tion des scores, même lorsque la même per­sonne fait le même test plu­sieurs fois :)

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  • 13 novembre 2017 at 16 h 14 min
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    Une autre publi­ca­tion de Dut­ton et Lynn, sou­vent citée par B. Deme­neix, mérite aus­si un coup de zoom tel­le­ment elle est risible : A nega­tive Flynn effect in France, 1999−2008÷2009
    http://www.iapsych.com/iqmr/fe/LinkedDocuments/dutton2015.pdf
    Cette étude repose pour la France sur un échan­tillon de… 79 per­sonnes !
    Dut­ton et Lynn ajoutent à cette magni­fique réfé­rence un tableau 2, lis­tant des réfé­rences mon­trant des baisses de QI dans dif­fé­rents pays euro­péens, com­pa­rées à celles mon­trant une aug­men­ta­tion du QI (Tableau 1), avec men­tion de test d’intelligence uti­li­sé dans chaque étude. On remarque tout de suite qu’il n’y a qua­si­ment aucun test com­mun entre les deux tableaux : il y a mani­fes­te­ment des tests pour les­quels la ten­dance géné­rale est à la baisse, et d’autres pour les­quels elle est à la hausse. C’est par­ti­cu­liè­re­ment fla­grant pour la Grande Bre­tagne, où on obtient des résul­tats contra­dic­toires selon le test uti­li­sé. Le plus rigo­lo est le cas de la publi­ca­tion de Flynn 2012, où avec le même test il observe une baisse de QI pour la tranche d’âge 14–15 ans, mais une forte aug­men­ta­tion entre 4 et 11 ans !

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