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Décision juridique de bloquer l’accès à Sci-hub et Libgen en France

Mis à jour le 30 juin 2020

La décision du tribunal de grande instance de Paris est tombée le 7 mars 2019, les principaux fournisseurs d’accès internet français ont l’obligation de bloquer l’accès de leurs utilisateurs aux bibliothèques scientifiques pirates sci-hub.tw (à propos de Sci-hub) et libgen.io et leurs miroirs à la demande d’Elsevier et de Springer-Nature. Le site NextInpact s’est procuré le texte de cette décision et l’a publié ce matin. Le blocage devra durer un an.

Bouygues et SFR ont réagi les premiers en bloquant dès le 21 mars l’accès à ces sites qui permettent aux chercheurs de télécharger plus de 62 millions d’articles scientifiques en version PDF pour Sci-hub et 2,5 millions de livres en version epub et pdf pour libgen. Ce jeudi 28 mars au soir, c’était au tour d’Orange de bloquer l’accès aux sites incriminés et Free devrait suivre bientôt.

On remarquera que les chercheurs ayant la plupart du temps un bureau à l’université ou dans un organisme de recherche, la mesure n’aura que peu de conséquences quand ils essayeront de se connecter aux sites sur leur lieu de travail : l’accès à internet des universités et institutions de recherche n’est pas géré par l’un de ces FAI mais par le réseau RENATER.

Un blocage par DNS simple à contourner

Les trois fournisseurs d’accès internet ont utilisé la méthode du blocage par leurs résolveurs DNS, les serveurs qui permettent de faire la correspondance entre l’adresse URL que vous tapez dans votre navigateur et l’adresse IP du site que vous voulez visiter. Mais cette méthode est assez simple à contourner, un simple paramétrage de votre système d’exploitation permet d’utiliser les résolveurs DNS de la FDN, de Google ou encore de Quad9.

Il est aussi possible d’utiliser d’autres solutions simples, comme l’explique le site Lovescihub, en passant par des proxies par exemple ou d’utiliser le navigateur Tor Browser.

La France n’est pas la première à agir juridiquement

Les gros éditeurs scientifiques mondiaux tels que Elsevier, American Chemical Society (ACS) ou encore Springer-Nature mènent une guerre juridique contre ces plateformes qui permettent d’accéder gratuitement aux articles qu’ils vendent eux très chers aux bibliothèques universitaires.

En juin 2017, Elsevier a gagné un procès contre ces mêmes bibliothèques scientifiques pirates, la justice américaine a condamné les responsables des plateformes pirates à des amendes dont le montant total atteignait 15 millions de dollars.

En novembre 2017, la créatrice de Sci-hub, Alexandra Elbakyan, a été condamnée à verser 4,8 millions de dollars par un tribunal de Virginie à l’ACS. La chercheuse ne vivant pas aux États-Unis, cela n’a que peu d’effet sur son porte-monnaie tant qu’elle ne sort pas des frontières de son pays mais cette juridiction a aussi demandé aux fournisseurs d’accès internet américains de bloquer l’accès au site et à ses miroirs.

En octobre 2018, un tribunal suédois a aussi demandé aux FAI du pays de bloquer Sci-hub et ses miroirs. Un des FAI concerné a réagi en bloquant aussi le site d’Elsevier qui avait fait la demande auprès de la justice suédoise.

Enfin, en novembre dernier, le service fédéral russe de supervision des télécommunication et des média a décidé de bloquer le site suite à une plainte d’Elsevier et de Springer-Nature.

Mise à jour Samedi 30 16 :
Sci-hub a réagi sur Twitter à propos de ce blocage :

 


Pour en savoir plus sur Sci-hub, vous pouvez lire l’article que j’ai écrit pour Vraiment à propos de la plateforme : La pirate des publications scientifiques

17 Commentaires

  1. Clément Moissard Clément Moissard 30 mars 2019

    Il s’agit de penser à la recherche avant tout. Au jour le jour, les chercheurs ont besoin de lire des articles de tout un tas de sources. Il est impossible qu’une université s’abonne à toutes les revues existantes, surtout aux prix déraisonnables des abonnements.
    Donc il faut une solution globale qui aille dans le sens de la recherche. Sci-Hub en propose une.
    Quelqu’un a mieux ?

    • Dequier marie-Pierre Dequier marie-Pierre 31 mars 2019

      Et tous ces articles sont financés par les deniers publics qui payent les chercheurs ! On marche sur la tête ! Aaron Schwartz ton combat continue !

  2. Erwan Erwan 31 mars 2019

    La recherche est financé par de l’argent essentiellement publique. Ce même argent part en abonnement à des revues privées (pour lesquelles les chercheurs travaillent bénévolement !) plutôt que de la recherche. Stupide.

  3. Maçonnique Maçonnique 31 mars 2019

    Comme d’habitude, il faut interdire au peuple la connaissance . Il ne manquerait plus que la population puisse avoir accès à la science !! Et quoi encore ? Qu’il puisse se soigner par lui même , se nourrir par lui même, se procurer de l’énergie par lui même ? C’est la perte du pouvoir assurée. .

  4. Mathilde Mathilde 31 mars 2019

    Étant étudiante, il m’est impossible d’avoir les fonds nécessaires pour payer une trentaine d’articles voir plus pour voir écrire mon mémoire, je ne comprends pas non plus pourquoi restreindre l’accès à la science…

    • Robert Morene Robert Morene 19 juin 2019

      Simplement pour qu’ Elsevier et autres compagnies puissent continuer à générer des marges de 20-30%. Vous en connaissez d’autres, des business pour lesquels le travail est ‘donné’ :
      – travail du chercheur, payé par le gouvernement, l’industrie, peu importe
      – travail du relecteur (peer review)
      – en partie, travail des éditeurs..

      C’est une honte mais entre les quelques uns qui bénéficieraient de SciHub et les 2 milliards d’euros de bénéf d’Elsevier, on voit bien qui peut peser le plus.

  5. Régis Janvier Régis Janvier 31 mars 2019

    J’utilise des publications scientifiques dans mon travail d’écriture.
    Sci-Hub permet au grand public de lire le travail de chercheurs rémunérés par nos impôts.

    La position de Elsevier est une position abusive et confiscatoire sur l’accès à la connaissance.

  6. Wilbur Wilbur 1 avril 2019

    je suis jeune prof de philo en lycée, je n’ai pas pu emporter avec moi ma bibliothèque (faute d’avoir le permis, faute d’espace, et étant destiné à muter encore), pas de grande librairie dans ma ville….
    Sans libgen, je ferai des cours tout pourris, je répéterai les bêtises qu’il y a dans les vieux manuels.
    Je dois tout à libgen et à sci-hub !

  7. Richardin Richardin 2 avril 2019

    Il me semble que très bientôt tous les écrits réalisés avec des fonds publics devront être en libre accès. Il reste cependant HAL mais c’est très incomplet.

    • Jupiter Jupiter 5 avril 2019

      @Richardin Justement, il faut compléter HAL autant que possible. Il faut tout y déposer ! C’est la seule solution inattaquable en justice. Il faut que les chercheurs reprennent en main leur destin d’auteurs !

  8. Philip Miller Philip Miller 17 avril 2019

    Outre le fait, remarqué par plusieurs personnes ci-dessus, que ce sont les chercheurs, principalement payés par les fonds publics, qui produisent les contenus des articles et ouvrages scientifiques, il faut se rendre compte que ce sont aussi ces mêmes chercheurs qui font tout le reste du travail éditorial: en effet ce sont eux qui gèrent les revues et font les rapports de relecture anonymes sur la base desquelles les décisions de publier ou non sont prises.

    Mais, au-delà de cela, ce sont encore les chercheurs qui font tout le travail de mise en page pour la publication.

    Ceux qui ont mon âge se souviendront d’une époque où on envoyait par la poste aux revues un tapuscrit. Comme aujourd’hui, les revues comptaient sur les chercheurs pour l’expertise du contenu. Mais contrairement à aujourd’hui, la revue payaient des gens qui corrigeaient la forme de l’article (remarques stylistiques, orthographiques, mise en page etc). Et elle payait des compositeurs et typographes etc. On recevait des épreuves, qu’il fallait corriger à la main, ces corrections devant une fois de plus être saisies par les typographes etc. Et elle payait l’impression de la revue. Tous ces frais qui justifiaient le prix d’un abonnement ont disparu aujourd’hui. Les revues tournent presque complètement sur base du travail payé par les fonds publics. Elles se font payer grassement pour un minimum de travail. C’est vraiment de l’arnaque.

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