Décision juridique de bloquer l’accès à Sci-hub et Libgen en France

La déci­sion du tri­bu­nal de grande ins­tance de Paris est tom­bée le 7 mars 2019, les prin­ci­paux four­nis­seurs d’accès inter­net fran­çais ont l’obligation de blo­quer l’accès de leurs uti­li­sa­teurs aux biblio­thèques scien­ti­fiques pirates sci-hub.tw (à pro­pos de Sci-hub) et libgen.io et leurs miroirs à la demande d’Elsevier et de Sprin­ger-Nature. Le site Nex­tIn­pact s’est pro­cu­ré le texte de cette déci­sion et l’a publié ce matin. Le blo­cage devra durer un an.

Bouygues et SFR ont réagi les pre­miers en blo­quant dès le 21 mars l’accès à ces sites qui per­mettent aux cher­cheurs de télé­char­ger plus de 62 mil­lions d’articles scien­ti­fiques en ver­sion PDF pour Sci-hub et 2,5 mil­lions de livres en ver­sion epub et pdf pour lib­gen. Ce jeu­di 28 mars au soir, c’était au tour d’Orange de blo­quer l’accès aux sites incri­mi­nés et Free devrait suivre bien­tôt.

On remar­que­ra que les cher­cheurs ayant la plu­part du temps un bureau à l’université ou dans un orga­nisme de recherche, la mesure n’aura que peu de consé­quences quand ils essaye­ront de se connec­ter aux sites sur leur lieu de tra­vail : l’accès à inter­net des uni­ver­si­tés et ins­ti­tu­tions de recherche n’est pas géré par l’un de ses FAI mais par le réseau RENATER.

Un blocage par DNS simple à contourner

Les trois four­nis­seurs d’accès inter­net ont uti­li­sé la méthode du blo­cage par leurs résol­veurs DNS, les ser­veurs qui per­mettent de faire la cor­res­pon­dance entre l’adresse URL que vous tapez dans votre navi­ga­teur et l’adresse IP du site que vous vou­lez visi­ter. Mais cette méthode est assez simple à contour­ner, un simple para­mé­trage de votre sys­tème d’exploitation per­met d’utiliser les résol­veurs DNS de la FDN, de Google ou encore de Quad9.

Il est aus­si pos­sible d’utiliser d’autres solu­tions simples, comme l’explique le site Loves­ci­hub, en pas­sant par des proxies par exemple ou d’utiliser le navi­ga­teur Tor Brow­ser.

La France n’est pas la première à agir juridiquement

Les gros édi­teurs scien­ti­fiques mon­diaux tels que Else­vier, Ame­ri­can Che­mi­cal Socie­ty (ACS) ou encore Sprin­ger-Nature mènent une guerre juri­dique contre ces pla­te­formes qui per­mettent d’accéder gra­tui­te­ment aux articles qu’ils vendent eux très chers aux biblio­thèques uni­ver­si­taires.

En juin 2017, Else­vier a gagné un pro­cès contre ces mêmes biblio­thèques scien­ti­fiques pirates, la jus­tice amé­ri­caine a condam­né les res­pon­sables des pla­te­formes pirates à des amendes dont le mon­tant total attei­gnait 15 mil­lions de dol­lars.

En novembre 2017, la créa­trice de Sci-hub, Alexan­dra Elba­kyan, a été condam­née à ver­ser 4,8 mil­lions de dol­lars par un tri­bu­nal de Vir­gi­nie à l’ACS. La cher­cheuse ne vivant pas aux États-Unis, cela n’a que peu d’effet sur son porte-mon­naie tant qu’elle ne sort pas des fron­tières de son pays mais cette juri­dic­tion a aus­si deman­dé aux four­nis­seurs d’accès inter­net amé­ri­cains de blo­quer l’accès au site et à ses miroirs.

En octobre 2018, un tri­bu­nal sué­dois a aus­si deman­dé aux FAI du pays de blo­quer Sci-hub et ses miroirs. Un des FAI concer­né a réagi en blo­quant aus­si le site d’Elsevier qui avait fait la demande auprès de la jus­tice sué­doise.

Enfin, en novembre der­nier, le ser­vice fédé­ral russe de super­vi­sion des télé­com­mu­ni­ca­tion et des média a déci­dé de blo­quer le site suite à une plainte d’Elsevier et de Sprin­ger-Nature.

Mise à jour Same­di 30 16 :
Sci-hub a réagi sur Twit­ter à pro­pos de ce blo­cage :


Pour en savoir plus sur Sci-hub, vous pou­vez lire l’article que j’ai écrit pour Vrai­ment à pro­pos de la pla­te­forme : La pirate des publi­ca­tions scien­ti­fiques

13 thoughts on “Décision juridique de bloquer l’accès à Sci-hub et Libgen en France

  • Pingback:La pirate des publications scientifiques - The Sound Of Science

  • 30 mars 2019 at 22 h 20 min
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    Il s’agit de pen­ser à la recherche avant tout. Au jour le jour, les cher­cheurs ont besoin de lire des articles de tout un tas de sources. Il est impos­sible qu’une uni­ver­si­té s’abonne à toutes les revues exis­tantes, sur­tout aux prix dérai­son­nables des abon­ne­ments.
    Donc il faut une solu­tion glo­bale qui aille dans le sens de la recherche. Sci-Hub en pro­pose une.
    Quelqu’un a mieux ?

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    • 31 mars 2019 at 16 h 37 min
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      Et tous ces articles sont finan­cés par les deniers publics qui payent les cher­cheurs ! On marche sur la tête ! Aaron Schwartz ton com­bat conti­nue !

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  • 31 mars 2019 at 7 h 16 min
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    La recherche est finan­cé par de l’argent essen­tiel­le­ment publique. Ce même argent part en abon­ne­ment à des revues pri­vées (pour les­quelles les cher­cheurs tra­vaillent béné­vo­le­ment !) plu­tôt que de la recherche. Stu­pide.

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  • 31 mars 2019 at 11 h 22 min
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    Comme d’habitude, il faut inter­dire au peuple la connais­sance . Il ne man­que­rait plus que la popu­la­tion puisse avoir accès à la science !! Et quoi encore ? Qu’il puisse se soi­gner par lui même , se nour­rir par lui même, se pro­cu­rer de l’énergie par lui même ? C’est la perte du pou­voir assu­rée. .

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  • 31 mars 2019 at 14 h 38 min
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    Étant étu­diante, il m’est impos­sible d’avoir les fonds néces­saires pour payer une tren­taine d’articles voir plus pour voir écrire mon mémoire, je ne com­prends pas non plus pour­quoi res­treindre l’accès à la science…

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  • 31 mars 2019 at 21 h 55 min
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    J’utilise des publi­ca­tions scien­ti­fiques dans mon tra­vail d’écriture.
    Sci-Hub per­met au grand public de lire le tra­vail de cher­cheurs rému­né­rés par nos impôts.

    La posi­tion de Else­vier est une posi­tion abu­sive et confis­ca­toire sur l’accès à la connais­sance.

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  • 1 avril 2019 at 19 h 08 min
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    je suis jeune prof de phi­lo en lycée, je n’ai pas pu empor­ter avec moi ma biblio­thèque (faute d’avoir le per­mis, faute d’espace, et étant des­ti­né à muter encore), pas de grande librai­rie dans ma ville.…
    Sans lib­gen, je ferai des cours tout pour­ris, je répé­te­rai les bêtises qu’il y a dans les vieux manuels.
    Je dois tout à lib­gen et à sci-hub !

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  • 2 avril 2019 at 6 h 45 min
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    Il me semble que très bien­tôt tous les écrits réa­li­sés avec des fonds publics devront être en libre accès. Il reste cepen­dant HAL mais c’est très incom­plet.

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    • 5 avril 2019 at 9 h 21 min
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      @Richardin Jus­te­ment, il faut com­plé­ter HAL autant que pos­sible. Il faut tout y dépo­ser ! C’est la seule solu­tion inat­ta­quable en jus­tice. Il faut que les cher­cheurs reprennent en main leur des­tin d’auteurs !

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  • 17 avril 2019 at 15 h 47 min
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    Outre le fait, remar­qué par plu­sieurs per­sonnes ci-des­sus, que ce sont les cher­cheurs, prin­ci­pa­le­ment payés par les fonds publics, qui pro­duisent les conte­nus des articles et ouvrages scien­ti­fiques, il faut se rendre compte que ce sont aus­si ces mêmes cher­cheurs qui font tout le reste du tra­vail édi­to­rial : en effet ce sont eux qui gèrent les revues et font les rap­ports de relec­ture ano­nymes sur la base des­quelles les déci­sions de publier ou non sont prises.

    Mais, au-delà de cela, ce sont encore les cher­cheurs qui font tout le tra­vail de mise en page pour la publi­ca­tion.

    Ceux qui ont mon âge se sou­vien­dront d’une époque où on envoyait par la poste aux revues un tapus­crit. Comme aujourd’hui, les revues comp­taient sur les cher­cheurs pour l’expertise du conte­nu. Mais contrai­re­ment à aujourd’hui, la revue payaient des gens qui cor­ri­geaient la forme de l’article (remarques sty­lis­tiques, ortho­gra­phiques, mise en page etc). Et elle payait des com­po­si­teurs et typo­graphes etc. On rece­vait des épreuves, qu’il fal­lait cor­ri­ger à la main, ces cor­rec­tions devant une fois de plus être sai­sies par les typo­graphes etc. Et elle payait l’impression de la revue. Tous ces frais qui jus­ti­fiaient le prix d’un abon­ne­ment ont dis­pa­ru aujourd’hui. Les revues tournent presque com­plè­te­ment sur base du tra­vail payé par les fonds publics. Elles se font payer gras­se­ment pour un mini­mum de tra­vail. C’est vrai­ment de l’arnaque.

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